Histoire du Prieuré
Des salines du Moyen Âge à la mairie d’aujourd’hui : huit siècles d’histoire à Bouteilles
Ancien manoir de la famille d’Hacquenouville, maison de campagne des Jésuites de Dieppe puis demeure du compositeur Claude Delvincourt, le Prieuré abrite aujourd’hui la mairie de Rouxmesnil-Bouteilles. Il a reçu le Label Patrimoine rural du Département de la Seine-Maritime.
- 1234première mention d’un prieuré à Bouteilles
- 1869la famille Delvincourt achète le manoir
- 1980la commune l’acquiert pour y installer la mairie
Bouteilles, village du sel
Les premières mentions de Bouteilles remontent à une charte du VIIe siècle consacrée aux salines. Du XIe au XVIe siècle, elles sont convoitées par les plus grandes abbayes normandes : Fécamp, Jumièges, Saint-Wandrille ou Beaubec-en-Rosière.
En 1197, Richard Cœur de Lion cède la terre et seigneurie de Bouteilles à l’archevêque Gautier de Coutances, en échange de la Roche des Andelys. Les moines font un tel commerce du sel qu’ils s’installent sur place pour y établir un grenier à sel, puis un prieuré, mentionné pour la première fois en 1234. Du XIIe au XIVe siècle, un prieuré cistercien et des vignobles sont signalés au hameau de Bernesault.
Au XIVe siècle, les salines sont en pleine prospérité : on consomme alors beaucoup de hareng salé, et l’Arques, profonde et large, permet aux navires de venir charger le sel aux ports de Bouteilles. Au XVe siècle, la mer recule, l’Arques s’envase, le climat se refroidit et le bois se raréfie : les salines déclinent, puis se transforment en marais et en prés salés.

Le manoir d’Hacquenouville
Le manoir est édifié entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle par la famille d’Hacquenouville, dont l’un des membres les plus illustres fut Roger d’Hacquenouville, chambellan du roi Charles VI.
En 1692, il passe aux mains d’une communauté religieuse : les Jésuites de Dieppe, qui en font leur maison de campagne jusqu’en 1762, date du bannissement de l’ordre en France. Cette occupation explique que le lieu soit encore appelé « le Prieuré ».
Vendu comme bien national à la Révolution, il est décrit dans l’acte comme un « manoir presbytéral consistant en une cuisine, salle, chambre, cellier, écuries, granges et avec un jardin le tout contenant une vergée et demi », soit environ 1 500 m².

Une architecture de grès et de silex
Le bâtiment
- Un plan rectangulaire, bâti sur une cave voûtée et couvert de tuiles, aux murs de grès et de silex.
- Une tour carrée à créneaux au nord-ouest, la partie la plus ancienne. Elle abrite l’escalier principal, installé seulement au XIXe siècle : les moines utilisaient une échelle.
- Une partie octogonale au nord-est, plus récente, en moellons de calcaire parés de silex et de grès, comme les murs anciens.
Les transformations
- Au XIXe siècle, la tour est intégrée dans un plan commun doté d’un toit terrasse ; les meneaux sont arasés et de nombreuses lucarnes ajoutées.
- Vers 1935, l’architecte Féret agrandit le logis.
- En 1993, Christiane Lalitte restaure la cheminée du Petit Salon, l’actuel bureau du maire. Elle a aussi réalisé les vitraux de la chapelle Sainte-Thérèse.
- En 2001, une tourelle est ajoutée au nord-est pour mieux accueillir le public.
La maison de Claude Delvincourt
En 1869, Edmond Delvincourt, grand-père du compositeur Claude Delvincourt, achète le manoir. La famille y reçoit de nombreuses personnalités du monde artistique ; le piano du musicien trônait dans le Grand Salon, la salle de réception.
En 1907, Claude Delvincourt fait construire dans le jardin un petit pavillon pour travailler au calme. Il y compose plusieurs œuvres, dont son Trio pour piano, violon et violoncelle. Il vit au Prieuré jusqu’à sa mort, en 1954.

Le Prieuré aujourd’hui
Acheté par la commune en 1980, le monument abrite désormais la mairie. Dans le parc, derrière le Prieuré, se dresse un if plus que centenaire.
Dans le cadre de sa politique culturelle, le Département a retenu la candidature de Rouxmesnil-Bouteilles et lui a décerné le Label Patrimoine rural. Ce label distingue un patrimoine d’intérêt architectural, historique, artistique, scientifique ou traditionnel et lui donne plus de visibilité. Un totem a été installé par le Département rue du Champ de Courses, face à la chapelle Sainte-Thérèse.

En images
Pour en savoir plus
L’historique complet du Prieuré, du grenier à sel de l’abbaye de Beaubec à la famille Delvincourt.











